© 2019 By Støtte Magazine. Proudly created with WIX.COM

Un été blanc en Norvège

11-Jan-2018

COMTÉ D'OPPLAND, JOTUNHEIMEN, NORVEGE
Eté 2016.

 

Oppressés par l'agitation ambiante et l'inertie quotidienne, nous décidons, promptement, de laisser s'entasser les dossiers plats et sans vie que nous traitons, de fuir la technologie qui nous entoure. Nous éprouvons le besoin de nous évader loin de la foule déchaînée, hors du temps, pour nous retrouver
intérieurement. Sans même construire notre périple, nous nous empressons d'entasser naïvement quelques affaires, loin de nous imaginer que cela puisse nous faire défaut durant notre excursion. Rien de ce que nous amenons ne nous permettra d'appréhender les conditions climatiques d'un pays qui jusqu'alors nous était inconnu. A la même latitude que l'Alaska et la Sibérie, la Norvège est imprévisible. Même si en été, le mercure peut atteindre 30°C, quand le vent et la pluie arrivent, il peut redescendre en quelques heures à 5°C. Tout se mue à une vitesse vertigineuse.

 

6 août - 12 h 30.

Après quelques heures de vol, nous foulons enfin le sol scandinave laissant derrière nous, et sans regret, l'Hexagone. Clé en mains, nous dévorons les premiers kilomètres en découvrant de somptueux et divers paysages annonciateurs de la beauté de Jotunheimen. Une région montagneuse de 3500 kilomètres carrés où se côtoient, entre les plus hauts sommets du pays, cascades, rivières, lacs, glaciers, vallées. Notre ascension débute : nous avançons avec humilité sur des lacets toujours plus étroits. Le Royaume des Géants nous tend les bras et nous offre, à chaque virage, un nouveau décor, chaque fois plus saisissant. Nous décidons de nous arrêter pour figer l'instant : subjugués par l'immensité. Les tours bétonnées ont laissé place à des amas rocheux enneigés face auxquels nous nous effaçons, tout en prenant conscience de notre frêle condition. Nous défions avec notre objectif, enclenchant le retardateur de nos doigts transis de froid, le Galdhopiggen. Ses teintes bleutées et opalines ne sont que des modestes attributs de sa beauté glaciaire. Les lacs qui le soulignent n'ont pas à rougir de la majesté de son reflet ondulant au gré des vents. Leur calme est source de sérénité et de contemplation.

 

Nous prenons la pose et prolongeons cet entretien intime, sans penser que les flocons viendraient magnifier le spectacle. Nous poursuivons notre route sous le regard attentif et imperturbable de ces couronnes gelées. La luminosité diminue aussi vite que notre carburant. L'adrénaline s'immisce alors dans nos esprits et une question obsédante se pose : « Ne resterons-nous pas prisonniers de cette grandeur aussi fascinante qu'hypnotique ? ». La tendresse apportée par les quelques animaux sauvages que nous croisons ne parvient pas à apaiser notre angoisse. Même le GPS a perdu le signal et nous cherchons, sans âme qui vive, notre logis. Ce n'est qu'au bout d'une heure et de nombreux kilomètres supplémentaires parcourus que nous parvenons à destination. Le premier jour s'achève en toute quiétude. Nous ressassons, au coin du feu, les réminiscences d'images désormais ancrées en nous.

COMTÉ DE HORDALAND, BERGEN, NORVEGE
Août - 7 h 30.


Après une nuit dans le calme le plus absolu, nous nous réveillons sous - 2°C. La neige couvre les sommets, les eaux aux alentours dorment paisiblement et le vent anime le paysage tel un glacial chef d'orchestre. Avec mélancolie, nous abandonnons les hauts plateaux du Jotunheimen et entamons notre descente vers Bergen, située à 370 kilomètres au sud-ouest. Un trajet long et sinueux atténué par les merveilles qui nous enlacent. Les paysages norvégiens se révèlent par leur caractère céleste, véritables oeuvres d'art naturelles. Telles des pluies diluviennes, les cascades jaillissent de toutes parts dévalant les rives et finissant leur course en s'unifiant avec le roi des fjords : le Sognefjord. Long de 205 kilomètres, il nous accompagne et décide de nous faire face en interrompant subitement notre lancée. De nouveau à la lumière du jour, nous filons droit vers Bergen, nichée au milieu de sept collines, d'autant de fjords et de la mer. Nous sommes de suite fascinés par l'ambiance portuaire qui s'en dégage : les traditionnels navires de pêche fréquentent des embarcations modernes, preuves que la navigation est l'un des moteurs de la ville. Au milieu de ces drakkars contemporains, nous traversons le marché aux poissons où l'odeur de l'iode se marie à celle des harengs fumés puis partons à la découverte de quartier historique de Bryggen. Toutes de bois vêtues, ses habitations colorées, classées au patrimoine mondial de l'UNESCO, sont les témoins les plus marquants d'une époque prospère.

 

Quelques NOK plus tard, nous nous engageons à bord du ferry pour rejoindre l'autre rive, humbles passagers du souverain. Ses servantes s'épanchent toujours et, entre deux d'entre elles, un tunnel se glisse, nous permettant d'entrer dans l'intimité de la montagne. Nous plongeons dans l'obscurité la plus absolue ; nos yeux peinent à s'adapter aux différentes variations de lumière tandis que nos mouvements sont incroyablement rétrécis par l'étroitesse de la route. Sans nous en rendre compte, nous découvrirons bien plus tard qu'il s'agissait du Loerdals qui, avec ses 24,5 kilomètres, est le plus long tunnel au monde. Nous nous éloignons alors du quai hanséatique et, sous le regard arrogant des visages sculptés qui ornent les façades, nous nous engouffrons dans les méandres autrefois empruntés par les pêcheurs. Sans aucune difficulté, l'atmosphère singulière qui hante les lieux s'imprègne en nous. Chaque bâtiment est une expression du Bryggen d'autrefois. Nous imaginons le bal incessant des marins foulant les planches de leurs entrepôts, leurs bureaux ou leur foyer. Heureux mais exténués par cette journée, nous jetons un dernier regard sur Bergen qui, malgré sa taille imposante pour une ville de Norvège, conserve son âme
par ses docks vivants et son environnement préservé.

 

Alexandre et Yann

@Oecume - https://www.oecume.net/

Share on Facebook
Share on Twitter
Please reload

Posts Récents

5 Sep 2019

16 May 2019

Please reload