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Le parfum de l'aventure.

30-Jun-2018

 30 Avril 2018, l'avion d'Austrian Airlines se pose enfin sur le tarmac de l'aéroport de "Podgoriza", la capitale, en plein centre du pays. Mathilde, ma petite amie, et moi-même ne savons pas réellement à quoi nous attendre en mettant les pieds au Monténégro. La saison d'hiver à la Clusaz, en Haute-Savoie, où nous vivons, est terminée. Et une chose est sûre, ce pays est un appel à l'Aventure. Alors, les clés de la voiture en main, nous commençons sans attente à arpenter les routes en visant notre première destination, le Parc National du Durmitor, au Nord-Ouest du Pays.

 

En chemin, après avoir quitté les plaines, on se retrouve soudain à traverser les plateaux montagneux, où les maisons, aux toits colorés, respectent une architecture traditionnelle dépaysante. Nous entrons dans un autre temps, et les sourires peinent à se décrocher de nos visages émerveillés. C'est en début de nuit que nous atteignons Zabljak, à 1450 mètres d'altitude, accueillis chaleureusement par Mina, le doyen et propriétaire du camp.

 

Symboliquement, il nous tend 2 verres de Rakija, l'alcool national dans la plupart des pays des Balkans.

Ici, comme dans les Alpes françaises, l'hiver a été long, comme en témoignent les sommets, encore enneigés. Le soir, les températures demeurent hivernales. Le breuvage est donc le bienvenu dans nos corps affaiblis par le voyage. Dans l'obscurité, nous montons notre tente pour la nuit. La flamme du réchaud cuisine doucement le plat sous-vide, acheté plus tôt dans la supérette du coin. Bien que primaire, ce repas nous réconforte, et la lune, pleine et brillante, se fraye un chemin parmi les pins sombres de la forêt. Il est temps de dormir. Les corps grelottent plusieurs minutes dans les duvets, en espérant retrouver un peu de chaleur perdue.

 

Au matin, le soleil tape fort sur la toile en synthétique, et l'on s'empresse d'en sortir respirer l'air frais. Le contraste est surprenant. Impatient de découvrir le parc, un café, un jus de fruits, et quelques biscuits secs nous prodiguent l'énergie nécessaire pour la matinée. Après 20 minutes de marche dans ce hameau paisible, nous retrouvons par surprise Mina, qui jardine à l'ombre de sa maison aux poutres de bois foncé, magnifique. Nous voyant prendre la direction du Lac Noir, il nous interpelle dans un anglais mâché, plus qu'approximatif, nous conseillant de partir pour le Lac Jablan, bien que difficile d'accès en vue de l'enneigement. Mais ses gestes représentatifs d'un panorama exceptionnel à la clé scellent notre décision aussi vite que ses bras se baissent. 

 

L'ascension reprend alors, les quelques agriculteurs rencontrés en route arpentent un sourire communicatif, nous certifiant que nous avons pris la bonne décision. Mais très vite, le terrain de plus en plus enneigé au fur et à mesure que nous progressons dans la forêt, ralentit considérablement notre marche, pendant que nos pieds s'enfoncent et glissent dans la neige tiède du printemps. Après une heure, nous sortons des bois comme libérés des sables mouvants. Nous reprenons notre souffle, mais les premiers sommets sont visibles alors on ne s'éternise pas. Il est 12H00 lorsque nous parvenons enfin au sommet. Le soleil est de plomb, il ne fait pas moins de 30 degrés, mais le spectacle est au rendez-vous. Derrière le lac au premier plan, le panorama dévoile sûrement parmi les plus hauts sommets du parc, le paysage est vierge de toute trace humaine, nous sommes seuls, et prenons le temps d'écouter ce silence assourdissant, le moment est magique. Le gargouillement d'un de nos estomacs défloute notre vision hypnotisée, et nous invite à récompenser nos corps de ce bel effort. 

 

Les ventres pleins, nous laissons à la nature un bout de banane et un peu de pain, pour nous excuser d'avoir dérangé ses habitants. Des images pleins la tête, nous regagnons le campement en milieu d'après-midi.

 

C'est au petit matin que nous reprenons le volant. La carte routière est de sortie et nous visons notre deuxième Parc National, celui du Biogradska Gora, à l'est du pays cette fois-ci. Les routes sinueuses que nous empruntons dominent le Canyon de la Tara, le plus profond d'Europe. En contre-bas, la rivière irrigue l'abondante végétation. Elle s'écoule, reboustée par la fonte des neiges encore en cours, et scintille d'un bleu turquoise, clair et pur, saisissant. A cette période de l'année, les routes sont calmes, et nous permettent d'aborder plus sereinement les précipices qui les longent. Les pauses sont nombreuses pour profiter de l'environnement qui nous entoure, et peu avant la tombée du jour, nous atteignons notre point de chute. L'endroit, visiblement touristique en haute-saison, n'accueille pas foule à cette période. Une fois les 3 euros déboursés pour pénétrer dans le parc, nous voilà à hauteur du campement. Dans sa cabane de bois brut qui surplombe le lac, la Garde Forestière nous fait signe de nous installer où nous voulons. Souhaitant en savoir plus sur les endroits à explorer du parc, nous l'abordons. Tout comme ses prédécesseurs, son anglais chaotique complique les échanges, mais en montrant les montagnes, elle lance : "lot of snow" et pointe sur sa carte Bendgovak, comme le seul endroit accessible en raison des conditions. Ce sera donc l'objectif de demain. Pour l'heure, nous dînons. La ration est typique, un Burek (sorte de pâtisserie salée fourrée à la viande hachée), et un thé chaud que l'on enveloppe précautionneusement avec nos mains pour nous réchauffer. La pluie fait son apparition. Ses gouttes tombent sur la toile et nous bercent jusqu'au lendemain matin.

 

A 9H00, le temps orageux et menaçant n’entame en rien notre motivation, et un pas après l'autre, nous avançons. En haut, la reconnaissance est là. Les fleurs violettes émergent timidement du sol, comme pour accueillir le printemps, tandis que la neige encore présente, leur rappelle de ne pas trop s'impatienter. Aux abords de la crête, de courtes averses, associées aux rafales de vent parfois violentes fouettent les visages crispés. Quelques clichés plus tard, nous reprenons notre chemin vers la vallée. Le retour se fait dans le silence et chacun se plonge dans ses pensées. J'imagine alors ces forêts boisées et vertes, sous la neige. Les skis sont au placard, mais les jambes frétillent encore. 

 

Nous décidons de louer pour la nuit l'une des 10 cabanes mises à disposition des voyageurs. L'endroit est équipé de sanitaires communs, une douche nous permettra ce soir-là de palier à notre odeur. Dans la cabane, le confort est rustre, nous buvons une bière pendant que le dîner cuit dans le réchaud. Eric Clapton rythme notre repas pendant que les quelques rats du coin grattent notre toit sans doute attirés par notre modeste pitance. Ne serait-ce pas ça, finalement, le parfum de l'aventure ?

 

Deux jours seront nécessaires pour rejoindre les Bouches de Kotor et la côte, par les terres. Les lacets serpentent à travers les montagnes, parfois à flanc de falaise, les routes ne permettent pas à deux voitures de se croiser. Les panoramas reposent nos cordes vocales, et les quatre jours devant nous annoncent un farniente, bien mérité !

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